J'aspire à devenir une stoïcienne digne de ce nom. D'accepter l'ordre du monde, l'ordre des choses, sans en souffrir, juste parce que ça ne servirait à rien, de lutter contre ce en quoi on ne peut lutter. Ce qui te va ô monde, me va aussi. Alors améliorons, changeons, l'améliorable, le modifiable, mais ne perdons pas notre sérénité, notre temps et notre énergie à pleurer pour la chose innateignable, irréalisable, passée ou morte née. Accepter tout simplement son statut de pion, sans grand poids, sans quelque pouvoir, accepter son insignifiance, son impuissance, accepter ses faiblesses, accepter les départs, les deuils.
J'aspire, oui.
Mais je ne peux pas.
Impossible, de m'y résoudre, de baisser les bras, d'enterrer mes rêves. Ceux que l'on touchait presque du doigts. Impossible d'oublier toutes ces envies, de les refouler, de les ignorer. Impossible de s'avouer vaincu, par un quelquonque destin prémaché. Innimaginable d'accepter la douleur sans crier, sans se débattre. Je me bats peut-être pour un rien, vers une fin translucide, invisible, défeinte. Je perds peut-être un temps, qui aurait dû être consacré à un tout autre épanouïssement, à la jouïssance de plaisirs à portée de main, de plaisirs raisonnables et concrets. Ridicule, grotesque, tristement comique, je le suis peut-être. Mais je lève mon poingt, au risque de recevoir deux fois plus de claques que je ne pourrais jamais en donner, je lève mon poingt, avec courage et hypothétique naïveté, et je fais tout ce que mon imagination me permet d'entreprendre. Je serais prête à tout, pour ça, pour ne pas renoncer à ce fantasme possible, à ce bonheur humble. Je ne demande ni la lune, ni la perfection, ni la richesse, ni la folle beauté. Juste m'endormir, sereine, le coeur vide de regret et de pensées amères. Partager un quotidien, à la fois difficile et doux, avec une personne pour qui on ne saurait compter.
Je ne peux pas baisser les bras. Je les baisserai quand tu me diras clairement de les baisser, de m'en aller, avec mes désirs et l'énergie que je consacre à les réaliser. Ne les baisse pas, s'il te plaît.
On sera stoïciens quant on sera trop vieux pour se battre.